Souvenirs de Kodak
En tant qu’entreprise ayant fait de la photo son inspiration principale, il semblait judicieux à Kubosphere, aujourd’hui, de rendre hommage à Kodak. Actuellement en difficulté (la société a été mise en faillite le 19 janvier), cette marque mythique d’articles photo fait partie intégrante du souvenir collectif. Dotée d’une image forte et ludique, elle a contribué à démocratiser la photographie amateur en proposant très tôt des produits abordables et de qualité.
Revenons brièvement sur l’historique de la marque. La société fut créée en 1881 sous le nom de Eastman Dry Plate Company (Compagnie des Plaques Sèches Eastman) par Georges Eastman. Le nom Kodak apparaît en 1888, avec le lancement des premiers appareils à pellicule photographique. Dans le langage populaire, le mot « Kodak » servit longtemps à désigner tout appareil photo destiné à l’amateur. Au milieu des années 1960, Kodak employait près de 80 000 personnes dans le monde.
Rarement une marque technologique spécialisée a pu se targuer de laisser dans l’inconscient collectif une image aussi forte. La collaboration qui a certainement le plus marqué les esprits est celle que la marque entretenait avec Jean-Paul Goude, photographe célèbre à l’esprit très ludique et populaire. On se souvient tous des fameux personnages en maillot rayé et bonnet à pointe, qui sont devenus au fil des publicités des icônes de la marque.
On se souvient aussi des pellicules Kodachrome, à l’emballage jaune et rouge, qui assuraient un joli rendu des couleurs.
L’objet fétiche qui nous aura certainement le plus marqué, est le fameux appareil photo jetable. Lancé au milieu des années 80, vendu à un prix très abordable, ce dernier a accompagné nos évènements familiaux comme nos premiers essais artistiques. Objet "pionnier" du concept de jetable, il nous a aussi permis, enfant, de partir avec en colonie de vacances sans que nos parents ne se soucient de leur fragilité. Sa facilité d’utilisation, rythmée par le son caractéristique de la petite molette qui faisait avancer la pellicule, nous permettait, de mitrailler les instants précieux avec une candeur et un côté ludique, qui resteront dans nos mémoires.
Nos habitudes photographiques ont aujourd’hui changé de formes depuis l’apparition du numérique. Mais la nostalgie nous envahit toujours en repensant à notre excitation, quand on apportait notre petit boitier en plastique chez le photographe et qu’on trépignait d’impatience à l’idée de découvrir nos clichés pris à la hâte, souvent approximatifs, mal éclairés, mais qu’importe.
En repensant à tout cela, il est évident que Kodak a marqué son époque de façon intimiste. Nous avons alors demandé à des lecteurs de nous exposer leurs impressions, sentiments, et souvenirs, en rapport avec la marque jaune et rouge, et la façon qu’elle a eu d’accompagner leur moments passés.
Giulia, 22 ans : "Ça m’évoque la période où ma maman était photographe et qu’elle développait ses pellicules dans la cuisine avec la lumière rouge pendant que je jouais à la dinette par terre. Ça me rappelle le jetable aussi, que tes parents te confiait avant que tu partes en colo. L’attente avant de voir les résultats en rentrant, rire de voir les photos que des gens avaient pris dans ton dos en subtilisant appareil. "
Julien, 26 ans : "C’était surtout l’argentique. Apporter l’appareil jetable fini chez le photographe, et trépigner en attendant la pochette en papier. C’était… se fâcher contre les dix photos noires ou sous exposées, se fâcher encore plus contre ce pouce qui gâchait tout. Être tout fier quand Kodak collait un petit papier sur les photos qu’ils trouvaient au dessus de la moyenne et pour lesquelles ils t’offraient un agrandissement gratuit. Le bonheur de tomber sur un jetable oublié et non développé. Le crik crik de la molette, arriver à la fin de la pellicule et la faire tourner pendant des heures."
Tiago, 24 ans : "Je me souviens de mon premier KODAK jetable, qui fut d’ailleurs le premier appareil photo confié à mes mains et yeux curieux. Du haut de ma dizaine d’année et aucune connaissance de la photographie, je m’en armais pour arpenter les remparts de Provins, sortie scolaire oblige, j’étais accompagné par de joyeux lurons qui accouraient à chaque session de capture d’âmes. Inutile de préciser que ces photos n’étaient qu’une suite de clichés flous d’aigles en mouvement, de remparts tranchés à la scie, de paysages obliques et d’instants groupés. Des souvenirs comme ça, ma mémoire visuelle en fourmille. Aussi loin que je me souvienne, ma mère a toujours choisi Kodak pour ses pellicules."
Avec la tendance qui pousse chacun à s’essayer à la photographie créative, on ne peut s’empêcher de ressentir un peu de tristesse devant la faillite d’une marque aussi proche de nous. Il est d’ailleurs fort probable que les appareils Kodak deviennent des pièces recherchées, au même titre que les Polaroïds, dont la production s’est arrêtée brusquement en 2007. Ou encore dans la lignée des appareils argentiques de lomographie type Holga, très appréciés des jeunes branchés et des créatifs, pour leur mécanisme ludique et leur rendu patiné.
Et vous, des souvenirs de Kodak à partager ? N’hésitez pas à nous faire part de vos témoignages !







